TOURELLES POUR VOITURES SPORTIVES
1999 / 2000
La voiture de sport est attractive, aussi bien pour son possesseur que pour celui qui la regarde. Paradoxalement c'est le véhicule qui ne répond réellement à aucune demande usuelle.
Elle n'est, pour la plupart, ni logeable, ni confortable mais c'est un symbole, celui de l'objet extrême, envié, que l'on ne possédera jamais.
Le projet «Tourelles pour voitures sportives» (installation sur le toit d'une voiture de sport d'une tourelle de char d'assaut en structure gonflable de couleur vive) tend à redéfinir la relation entre celui qui détient et celui qui envie la voiture.
Tout d'abord le sujet même de «tourelle» affirme l'idée de possession et de surprotection que cela implique. Les formes ont ici la même fonction qu'elles exercent à leur place originelle sur des chars d'assaut: celle de menacer, de protéger, d'attaquer, de défendre.
A ceci près que dans ce cas précis, ce que les canons doivent protéger n'est pas un territoire ou un homme mais le véhicule dont ils font eux-mêmes partie.
Les véhicules sportifs font donc corps avec cet attribut pour se protéger eux-mêmes.
Les rivalités qu'ils entretiennent (Porsche, Ferrari, Jaguar ou Chevrolet Corvette...) peuvent rappeler un spectacle antique lorsque ces véhicules se croiseront tout canons dehors.
L'accentuation de ce phénomène laisserait perplexe quant aux intentions réelles d'un tel projet si les dites tourelles n'étaient constituées que de matière gonflable de couleurs excentriques.
Cela constitue le deuxième volet de mon projet: rendre ces véhicules, si beaux esthétiquement, si pures dans leurs lignes, ridicules.
Casser le mythe, faire en sorte que se retourner sur ces voitures ne soit plus pour s'émerveiller mais pour sourire, que l'envie fasse place à l'amusement.
Ce projet n'est certainement pas un hypothétique règlement de compte d'un jaloux sur une classe d'élites détenant un bien convoité.
C'est une juxtaposition esthétique et philosophique, une confrontation d'un objet très sophistiquée, très élaborée dans ses lignes, le fleuron de la marque qu'il représente (et dont il fait entièrement partie...) avec une tourelle de char d'assaut fictive et simplifiée.
Cette mutation tend à mettre en place un échange d'humour et de dérision entre les personnes qui possèdent ces voitures et qui voudront bien se prêter à ce «jeu», les personnes qui seront sur leurs passages, et moi-même.
Moi-même, qui aie, peut-être, plus élaboré ce projet dans le simple but d'approcher ces voitures et donc en quelque sorte les «posséder» plutôt que de réellement contester leur statut...