(Préambule)
Tout est gonflable dans ce lieu, dilatable et rétractile, de l'eau de la douche jusqu'à l'élément
de repos.
En même temps, tout y est saturé, artificiel, dénaturé.
En relation avec cet univers, comment l'esprit pourrait-il réagir?
Je me suis demandé si cela pouvait par exemple susciter, favoriser, induire une émulation de ce qui constitue la plus expansible des composantes de notre esprit: notre imaginaire. Ce lieu offrirait ainsi à son habitant de quoi regonfler sa propre capacite imaginaire, de quoi engendrer, développer, dilater un ailleurs (des artifices mentaux, des rêves, des rêveries).
Ce n'est pas un hasard si cette bulle est installée sur un plan d'eau. Peut-on fonder sa maison sur de l'eau quand on sait que l'eau symbolise l'éternel mouvement, la métamorphose par excellence.
Cette bulle invite à un voyage dont le but ultime serait de se re-créer.
"Coincer la bulle: ne rien faire, se reposer" nous dit le petit Robert. Mais encore: "Espace délimité où sont inscrites les paroles et les pensées d'un personnage de fiction."
Je peux aussi m'amuser, jouer sur les mots et intituler cette résidence "Bulle d'addiction" en imaginant à quel paradis planant (spirituel ou artificiel?) ce lieu pourrait se prêter.
Quoi qu'il en soit, ce fragile esquif serait créé à l'intention de ce qu'il y a de plus poétique et de plus fécond en l'être humain.
A l'attention d'un ascète, un contemplatif, un solitaire ou un naufragé.
Description extérieure:
Sur un plan d'eau,
Fixée sur une surface pneumatique,
Une bulle.
Une bulle ou comme vous voudrez, une cabane, une résidence,
Un asile flottant.
En toile parachute d'un blanc, d'un blanc éclatant,
Presque mauve,
Comme une nacre luminescente.
Une bulle. Une cloque?
Pas complètement étanche.
L'air pourrait s'infiltrer, venir comprimer la toile,
Mais entre deux respirations, deux souffles d'air,
La toile se dégonflerait un peu,
Elle s'amollirait.
Une cabane molle.
Je ne crois pas que nous ayons envie d'une cabane sur-gonflée,
Ce qu'il nous faut c'est du bringuebalant.
Du gonflé - dégonflé.
Une bulle chiffonnée,
Gonflée par le vent.
Et comme un îlot qui s'affaisse,
Lorsque le vent disparaît.
Un asile, un tout petit rien,
Suffisamment gonflé pour se sentir protégé, à l'abri.
Pour qu'il existe de tous temps.
Qu'on puisse y vivre, c'est tout.
Après ça, nomade, on accepte le chaotique, la fragilité.
L'eau et les rêves.
Il y aurait trois hublots oblongues,
Des stores filtrants,
Une petite porte.
Et dedans, le strict nécessaire vital pour une personne.
De quoi se laver
Se nourrir
Dormir
Et contempler.
Mais attention, dans ce lieu, tout serait gonflable, dilatable et rétractile.
De l'eau de la douche jusqu'au matelas d'appoint.
De la brioche du petit matin jusqu'au fauteuil de méditation.
Description du mobilier intérieur:
Le lounge:
Le salon constitue l'essentiel de l'habitade. Il regroupe 4 éléments.
A l'entrée: 2 petits patins gélatineux.
Au centre: un siège de repos gonflable (un îlot).
Dans la mesure du possible, il s'agit:
- Soit d'un pouf « mystique » gonflé à l'hélium et retenu au sol par une cordelette (pour une élévation du corps et de l'esprit).
- Soit d'un gros coussin (pneumatique) alvéolé, comme marqué de l'empreinte d'un corps.
A ce coussin fait face un écran plat sur lequel crépite un feu de cheminée en évolution.
Enfin, un diffuseur de lumière: petite poire translucide et molle, baladeuse, et équipée d'une source phosphorescente bleue ou rose.
Cette lampe restera allumée la nuit pour venir épouser la luminescence de la toile.
L'ensemble formera comme une bulle lumineuse miroitant, irradiant à la surface de l'eau.
La chambre:
En se résumant à un seul élément (un tapis-lit), cet espace vient rejoindre et se confondre au living.
Un « lit » ou plutôt une surface latente contenue sous forme de gel dans une bombe propulsive.
Une fois étalé, projeté à même le sol, le gel se solidifie à l'air offrant au dormeur une surface plane, moelleuse et gélatineuse.
Sur le propulseur, le mode d'emploi indique que la pulvérisation est à moduler en fonction de la taille du dormeur (et de ses éventuelles invitées).
Un renouvellement hebdomadaire est également conseillé (on change de gelée comme on change de draps).
Un seul accessoire: un oreiller gonflable (sous emballage stérile, muni d'une mini pompe).
L'équipement sanitaire:
Réduit à 2 éléments:
En suspension, un ballon d'eau douce (poche plastique remplie d'eau additionnée de solution bleue) d'où part un mince conduit tubulaire fermé par un embout: ni plus ni moins un système de goutte à goutte dont on peut maîtriser la pression en appuyant sur le tube.
La poche liquide et son tuyau seront placés au dessus d'un lavabo gonflable, descellable de la paroi murale et offrant d'autres utilisations possibles (récipient hygiénique par exemple).
3 accessoires:
- Un miroir concave
- Un gobelet contenant brosse à dents, pâte à savon et poudres de synthèse permettant à l'eau de se gélifier et vice versa, au gel de se liquéfier (poudre japonaise).
- Une serviette condensée dans un galet (éponge comprimée).
Le coin cuisine:
Un seul élément: sorte de table haricot en caoutchouc lourd posée à même le sol, servant à la préparation des repas. Ces repas consistent en des sachets déshydratés (pain brioché, soupe, café) et des bombes de garniture (confiture, garniture à sandwich).
Sur cette table seront également posés 3 accessoires de vaisselle (design très pur):
- Une écuelle
- Une cuillère à porridge
- Une timbaie.
AIR DU TEMPS
(Accessoires plastiques)
En m'intéressant aux diktats de l'esthétique ambiante, j'ai imaginé une série de membres prothétiques gonflables qui pourraient se coller à même le corps. Ce serait des patches de beauté.
Ces patches (gonflables) seraient présentés à plat et emballés sous vide dans de petits containers stériles étiquetés (sachets transparents de type médical avec mode d'emploi apparent et date de péremption). lls auraient cependant quelque chose d'amusant comme des gadgets japonais par exemple.
Il faudrait que l'aspect de ces prothèses (la couleur, la matière) rappelle celui de la peau humaine: un rose chair assez délicat, marbré, fragile.
Ces sachets pourraient être présentés en suspension ou encore disposés sur une table ou dans une vitrine...
Ce serait des objets de consommation que l'on achèterait, puis que l'on jetterait en fonction des décrets provisoires de la mode et des phénomènes ambiants (et ceci de façon ludique, sans menace d'irréversibilité).
Des objets sans doute un peu futiles, un peu ridicules, non pas à cause de leur forme mais à cause de ce qu'ils révèlent: une quête éperdue de beauté, beauté truquée, fabriquée, artificielle, boursouflée. Une beauté qui ne tient plus compte des proportions et de l'unité originelles du corps. Une beauté déjà épuisée, obsolète, prête à mourir, à crever.
Voici les huit prothèses adhésives et gonflables de cette série:
1- Une prothèse fessière dilatable (mini-pompe incluse)
2- Un petit tube convexe et mou, légèrement rempli d'air à emboîter sur la gencive, sous la lèvre supérieure
3- Une matrice de grossesse externe (hybride placentaire) à installer autour du ventre au moyen d'une ceinture de peau élastique (incluse)
4- Deux poches mammaires (mini-pompe incluse)
5- Une bulle de protection cérébrale anti-pollution électronique
6- Une prothèse balnéaire masculine: additif pour caleçon de bain (mini-pompe incluse)
7- Une bulle nasale reliée à un petit condensateur d'air alpin
8- Trois modèles de scarification (tatouage 3D en quelque sorte) proposés dans un même sachet: 3 excroissances (3 petites boursouflures de chair) à faire fondre sur le corps ou le visage. Inclus: gel de fusion épidermique.
Deuxième solution:
On pourrait également imaginer que ces prothèses soient condensées sous forme de pâte (principe de la pâte à ballon) en admettant, qu'une fois gonflée, la pâte puisse résister (une pâte increvable!) tout en venant se fondre sur la peau, faire corps avec le corps.
Dans ce cas, il est bien évident qu'il s'agit d'un clin d'oeil (une caricature) et que la réalité fonctionnelle de l'objet reste impossible - on fait "comme si".
Copyright © Nathalie Detourne