"La maison gonflable cylindrique" (1966)

Une maison appelle la mémoire. Elle abrite des souvenirs et des émotions. "Et même quand elle n'en est pas une": Emmanuelle Khahn

La maison pneumatique de Quasar n'était pas une maison. Dans le sens où elle n'avait rien d'un travail réfléchi autour d'une construction individuelle. "C'était un module". Le premier module d'un scénario, la préfiguration d'un hôtel complet composé de plusieurs pièces - satellites. Une hypothèse restée en friche...

La maison pneumatique de Quasar n'était pas une maison. Mais la représentation d'un nouvel art de vivre vantant les mérites de l'éphémère, du jetable, de la légèreté, du ludique, de la modularité et de la fête... "Le gonflable ce n'est pas comme une commode Louis XV, on peut le jeter par la fenêtre. Tout était possible avec ce mobilier: dévaler les pentes enneigées ou se faire bronzer sur l'eau." La structure suivait la famille Khanh au quotidien. Dans leur vie privée et professionnelle. Elle a même été utilisée comme "décor comportement" dans un défilé de mode pour la maison Missoni... les mannequins dans des robes du soir - sirènes rejoignaient le module assis sur des fauteuils gonflables, poussés par des hommes grenouilles en scaphandres. "Les spectateurs se jetaient tout habillés pour rejoindre les mannequins... et les canards, qu'elles tenaient en laisse."

La maison pneumatique de Quasar n'était pas une maison. L'aboutissement d'un travail sur la transparence peut-être. Et Quasar voyait beaucoup plus loin que son module quand il parlait de transparence. "La transparence, c'est ce qui caractérise l'époque. En politique, on ne cache plus ses atouts machiavéliques (...) En décoration, la transparence, c'est l'espace donc le luxe. Des sièges et des tables invisibles c'est le meilleur moyen d'agrandir une pièce. En matière de vêtement, la transparence, c'est de montrer les bras, les jambes, les formes qu'on a et c'est avec elles qu'il faut se débrouiller pour séduire. Quoi de plus honnête que de séduire avec ses propres formes?" C'est également la philosophie d'Emmanuelle quand, après une carrière de mannequin, elle décide de créer des robes qui ne camouflent pas le corps mais suivent son mouvement. Quasar, de son vrai nom Nguyen Manh Khanh, vietnamien, ingénieur des Ponts et Chaussées, a pris son pseudonyme le jour où il a donné son nom à Emmanuelle. Elle l'a illustrée... A une cage dorée, les Khanh préféraient un appartement de cristal où un module en U, jumelé, superposé, imbriqué à d'autres modules frères, servait de fauteuil, de table basse et de lits aux enfants.

La maison pneumatique de Quasar n'était pas une maison? La construction a pourtant abrité sa famille... l'espace de quelques séries photographiques. Emmanuelle, sa femme, Othello et Atlantique, leurs enfants, sa grand-mère, sa mère, son frère et sa s¦ur ont tour à tour investi le Chesterfield gonflable (pièce maîtresse du module). Histoire de rendre pérenne une structure éphémère?

La maison pneumatique de Quasar
photographe: Maurice Hagenboom
collection privée Emmanuelle Khahn


Petit plaidoyer pour la réhabilitation de la poupée gonflable

On attribue généralement à Verner Panton et à son coussin en PVC le titre de la première pièce de mobilier gonflable à usage domestique. Mais il y a une pièce apparue au début des années soixante qu'on passe généralement sous silence... pourtant à usage domestique elle - aussi: la poupée gonflable.

Terrain d'expérimentation d'idées réalistes et de rêves possibles, sublimation et allègement de l'univers quotidien, rapidité de montage et de démontage, objet automorphique autorisant d'exceptionnelles applications, pièce joyeuse et non conventionnelle, docile, flexible, mobile et jetable... Elle a toutes les qualités du gonflable. Sauf la noblesse.

Même si elle nous invite à pénétrer dans un monde ludique, coloré, fluide où chaque chose est conçue en fonction des besoins de l'homme.

Même si elle concentre les idées de contestation, de consommation et d'utopie ("lieu de bonheur")... celle d'une chimérique femme idéale.

Et même si Panton lui-même encourageait "les gens à se servir de leur imagination et à rendre leur environnement plus excitant".


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